Primaire à gauche : d’accord sur tout, sauf sur La France insoumise

Macro d'un cordon rouge posé sur une table de plateau de débat, qui s'effiloche et se scinde en deux brins divergents sous un projecteur, fond en bokeh — le fil de la gauche qui se défait sur la question de l'alliance.
Image de couverture générée par IA (illustration).

Paris — Le dimanche 4 octobre 2026, les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate — Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel — se sont retrouvés sur BFMTV, en partenariat avec Libération, pour leur troisième et dernier débat avant le premier tour, animé par Apolline de Malherbe et Maxime Switek (ozap). Après un premier débat sur LCI le 23 septembre et un deuxième sur France 2 le 1er octobre, cette ultime confrontation fut la plus personnelle des trois. Et pourtant, à bien l’écouter, elle aura surtout démontré l’inverse de ce qu’elle donnait à voir : sur le fond, ces cinq-là sont d’accord. Ce qui les sépare se joue ailleurs.

Podcast audio généré par IA — ce que le dernier débat de la primaire a vraiment révélé.

Un accord de fond que le spectacle a masqué

Interpellés sur les retraites par la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, les cinq candidats ont dit la même chose : abroger la réforme de 2023, aujourd’hui suspendue, et revenir à 62 ans sans aller vers les 64. « Quand on dit quelque chose, on le tient. Oui, il y aura abrogation immédiate de la réforme Borne », a lancé Olivier Faure. « Nous abrogerons la réforme injuste de 2023 […] ce sera 62 ans », a renchéri Raphaël Glucksmann ; « J’en reste aux 62 ans », a conclu Emmanuel Maurel (LCP). Jérôme Guedj se distingue sur la méthode — il refuse « le principe d’un âge légal pivot » au profit d’un nombre de trimestres modulé par la pénibilité —, pas sur l’objectif.

La même unanimité s’est imposée ailleurs. Sur l’énergie, tous veulent conserver le nucléaire et développer les renouvelables : « le nucléaire autant que nécessaire, les renouvelables autant qu’il est possible », résume Faure. Sur l’Ukraine, Glucksmann comme Faure proposent de saisir les avoirs publics russes pour financer un soutien « renforcé ». Et jusque sur l’immigration, les candidats se sont retrouvés pour défendre la régularisation des travailleurs sans-papiers — Faure citant l’exemple de l’Espagnol Pedro Sánchez, Glucksmann appelant à « arrêter d’avoir peur des diktats du Rassemblement national sur cette question » (LCP). Seul Guedj a réclamé « le courage de la nuance ».

Lycées : d’accord sur la colère, pas sur la réponse

La crise qui traverse les lycées a d’abord révélé un socle commun : tous ont soutenu les revendications lycéennes tout en condamnant les violences. Les différences portaient sur la réponse, non sur le diagnostic. Jérôme Guedj promet de nouvelles consignes de maintien de l’ordre, sans LBD, parce que « la violence ne sert absolument à rien » ; Olivier Faure annonce qu’il manifestera « mardi » aux côtés des lycéens ; Raphaël Glucksmann veut être « inflexible avec les casseurs qui viennent voler la mobilisation des lycéens » et inscrire l’école dans une « loi de programmation sur cinq ans » ; Emmanuel Maurel, plus radical, propose d’abroger Parcoursup et la réforme du bac de 2019 (franceinfo, LCP). Quand Ségolène Royal assure qu’avec elle « il n’y aurait pas de mouvement social », c’est un trait d’humour de Faure qui lui répond : « Là, ça fait un peu Wonder Woman. »

Vidéo générée par IA — accord sur le fond, fracture sur l’alliance : le dernier débat en bref.

La seule vraie ligne de fracture : La France insoumise

Si l’on cherche où ces candidats divergent réellement, il n’y a qu’une réponse : le rapport à La France insoumise. La question a occupé « près de 45 minutes » dès l’ouverture (LCP). Olivier Faure y a lancé « un avertissement » : « On ne peut pas prétendre rassembler le pays quand on a la volonté de rendre les uns et les autres irréconciliables. » Raphaël Glucksmann lui a opposé une rupture assumée : « Nous avons une divergence de ligne, de doctrine, de stratégie », refusant à la fois les « compromissions » avec LFI et toute « alliance avec la droite ». Jérôme Guedj a résumé la ligne anti-mélenchoniste d’une formule : « Mélenchon n’est pas Voldemort, mais il est un boulet sur la perspective de victoire face à la perspective du RN » (franceinfo).

C’est sur ce terrain que Ségolène Royal a frappé le plus fort, accusant Glucksmann de préparer « un hold-up » sur le Parti socialiste pour, selon elle, « faire alliance avec la droite » (LCP). « Pur procès d’intention », a répondu le favori du scrutin : « Je n’ai aucune intention de diluer la famille sociale-démocrate, ni dans le mélenchonisme, ni dans la droite. » Derrière le vocabulaire guerrier, l’enjeu n’est pas le programme de 2027 — largement partagé ce soir-là — mais la stratégie d’alliance et le contrôle de la maison socialiste.

La « danse du ventre », ou la politique réduite à ses images

Reste la séquence qui a tout éclipsé, en ouverture. Des vidéos révélées par le site « le Média », tirées d’une réunion de campagne du 17 septembre, montraient Raphaël Glucksmann prêtant à Ségolène Royal une « danse du ventre » auprès d’Emmanuel Macron (franceinfo). Ressorties par Olivier Faure dans les vingt premières minutes, elles ont provoqué un échange d’une rare dureté. Royal y a vu « une agression à connotation sexuelle » : « Je n’accepte pas qu’une fois de plus on puisse dégrader une femme. » Glucksmann a d’abord mis en avant le caractère « privé » de la réunion et contesté toute « connotation sexiste », avant de céder : « Je suis désolé si ces propos vous ont paru sexistes », des mots « inélégants » (LCP). « Ce n’était pas un cadre privé, c’était une réunion politique », a corrigé Faure.

Sur un second extrait, visant cette fois Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon — « on leur pisse dessus » —, Glucksmann a choisi l’assomption : « Une fois que c’est sorti, j’assume ces propos. Je ne vais pas faire une Bardella » (franceinfo). On notera, pour la mémoire des faits, qu’une autre « danse du ventre » avait déjà circulé au débat précédent, le 1er octobre — mais c’était alors Jérôme Guedj qui l’adressait à Glucksmann, à propos de LFI. Deux moments, deux sens : la formule est devenue un tic de campagne.

Infographie : le dernier débat de la primaire socialiste — accord de fond (retraites 62 ans, nucléaire, Ukraine, régularisation, soutien lycéen) face à la seule ligne de fracture, le rapport à La France insoumise et le leadership du PS.
Infographie générée par IA — accord sur le fond, clash sur la stratégie.

Faire gagner la gauche : la contradiction que le débat n’a pas tranchée

Toute cette dispute en masque une autre, la seule qui compte vraiment pour 2027 : comment faire gagner la gauche ? Aucune de ses composantes ne peut l’emporter seule, et le Parti socialiste moins que toute autre — réduit à une quarantaine de députés, il lui faut des alliés pour peser. C’est là que le dernier débat expose une contradiction que ses protagonistes se sont gardés de nommer. La France insoumise est, en voix, la première force de la gauche : Jean-Luc Mélenchon est arrivé troisième au premier tour de la présidentielle de 2022, largement en tête à gauche, avec près de 22 % des suffrages (ministère de l’Intérieur) ; aux législatives de 2024, LFI est ressortie première formation du Nouveau Front populaire, avec 71 députés. Refuser par principe l’alliance avec ce partenaire-là, tout en se disant prêt — pour certains — à chercher des accords vers le centre, revient à écarter la fraction la plus nombreuse du camp pour en courtiser de moins à gauche. La question n’est jamais posée en ces termes sur le plateau ; elle est pourtant au cœur de l’équation.

Emmanuel Maurel, lui, l’a effleurée : « Si par malheur Marine Le Pen gagne […] on sera tous unis. » L’aveu dit l’essentiel : l’union que le débat refuse au nom de la stratégie, l’arithmétique d’une défaite pourrait l’imposer. Au même moment, une autre partie de la gauche — Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain, Lucie Castets — préparait sa propre « union populaire » pour le 11 octobre, sans le PS ni LFI. Le dernier débat de la primaire n’aura donc pas tranché la question qui obsède ce camp — non pas quoi proposer, mais avec qui gagner — ni dissipé son paradoxe : se couper, pour des raisons de ligne, de la première force électorale de la gauche, c’est choisir la pureté de la doctrine contre la logique des nombres.

Le calendrier, lui, est serré. La primaire comptait 140 282 inscrits (chiffre arrêté au 7 octobre) ; premier tour les 9 et 10 octobre, second tour éventuel les 16 et 17 si aucun candidat n’obtient la majorité absolue. Aucun institut n’a publié d’enquête dédiée à ce scrutin interne : les chiffres qui circulent sont des simulations de la présidentielle de 2027, à ne pas confondre avec une intention de vote pour la primaire. Un sixième prétendant, le député Philippe Brun, reste écarté après sa suspension du PS le 16 septembre. Les résultats du premier tour ne seront connus que le soir du 10 octobre.

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