PARIS — Du 5 au 11 octobre 2026, à un peu plus de six mois du premier tour fixé au 18 avril 2027 (LCP, 30 juin 2026), les candidats à l’Élysée n’ont pas manqué d’occasions de s’opposer. Le récapitulatif hebdomadaire de TF1 Info en retient trois : le prix du gaz, le futur budget et la crise lycéenne, ainsi qu’une annonce, celle d’un « plan d’économies de 140 milliards sur cinq ans » présenté par Marine Le Pen (TF1 Info, 10 octobre 2026). Une semaine de campagne, donc. Reste à savoir qui en a fixé l’ordre du jour.
140 milliards, mais lesquels ?
Le mardi 6 octobre, au siège du Rassemblement national, Marine Le Pen et Jordan Bardella « se sont partagé le travail » : à elle la trajectoire du quinquennat, à lui le budget 2027 (Public Sénat, 6 octobre 2026). Le chiffre phare dépasse de 15 milliards celui avancé fin août devant le Medef. Sa définition exacte compte : il s’agit de « 140 milliards d’euros nets d’économies en 2032 par rapport à 2026 » (Acteurs Publics, 6 octobre 2026). C’est un niveau annuel atteint en fin de période, et non une somme cumulée sur cinq ans, comme le laisse entendre la formule reprise dans les récapitulatifs de la semaine.
Le détail, tel que le parti l’a présenté : 15 milliards sur l’immigration dès 2027, « 29 milliards en année pleine » ; « 9 milliards d’euros sur notre contribution à l’Union européenne » ; 20,7 milliards au titre d’une « réorganisation de l’État » ; 8,2 milliards demandés aux collectivités en 2027 (Public Sénat). Le document prévoit aussi la suppression de « la quasi-totalité des agences et autres organismes parasites », dont l’Ademe, l’Anah et l’ANR (Acteurs Publics). La dette publique passerait de 121 % du PIB en 2027 à 112 % en 2032, sur une hypothèse de croissance de 1,8 %, contre 1 % retenu par le gouvernement (Euronews, 1er octobre 2026). Aucune ligne consacrée à la lutte contre la fraude n’a pu être documentée.
Le même jour, l’Institut de l’Entreprise, think tank financé par des entreprises, publie une note au titre sans détour : « 140 milliards affichés, moins de 10 milliards crédibles ». En retenant intégralement les mesures documentées, à moitié celles qui sont plausibles, et en écartant les autres, il conclut que le projet « n’en générait que 7,5 milliards € » d’amélioration nette du solde, contre 141,7 milliards affichés pour 2031 (Institut de l’Entreprise, 6 octobre 2026).
Le lendemain, le gouvernement réplique. Roland Lescure, ministre de l’Économie, juge la croissance retenue « well above what all serious French and international economists are projecting » et les mesures migratoires « for the most part unconstitutional » ; David Amiel, ministre des Comptes publics, parle d’un « Potemkin budget » (Euronews avec AFP, 7 octobre 2026). Dans la campagne, Édouard Philippe dénonce un « plan d’une désinvolture spectaculaire », Paul Midy, codirecteur de campagne de Gabriel Attal, dit avoir « compté au moins 125 milliards d’euros d’économies complètement fantaisistes », et Jean-Luc Mélenchon y voit de quoi « condamner la France à faire des coupes budgétaires et de la récession pendant 120 ans » (Public Sénat, 6 octobre 2026). La seule proposition chiffrée de la semaine est donc aussi la plus contestée : le chiffrage sert de signal de sérieux économique, et ce signal est démenti par une évaluation indépendante.
Le budget du gouvernement, terrain de manœuvre
L’autre budget de la semaine est celui du gouvernement de Sébastien Lecornu, présenté le 1er octobre avec un objectif de déficit de 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % en 2026 (Euronews, 1er octobre 2026), et un effort annoncé de 54 milliards d’euros (Public Sénat). Le vendredi 9 octobre au soir, la commission des finances de l’Assemblée rejette sa partie recettes par « 31 voix « contre », 3 « pour », 2 abstentions » (LCP, 9 octobre 2026).
Le détail du vote dessine les lignes de la présidentielle. Seuls les députés Renaissance ont voté pour ; le MoDem s’est abstenu ; « les LR et Horizons (le parti d’Edouard Philippe) ont voté contre » (franceinfo avec AFP, 10 octobre 2026). Le parti d’un candidat déclaré se démarque ainsi du budget du gouvernement, tandis que Paul Midy, celui-là même qui raillait trois jours plus tôt le contre-budget du RN, est le seul à plaider qu’il vaut « mieux un mauvais budget que pas de budget » (LCP). Chez LR, on dénonce une « surenchère fiscale » ; au RN, Jean-Philippe Tanguy prévient : « Hors de question de voter des hausses d’impôts » ; à gauche, on fustige une « nouvelle grande alliance entre le Rassemblement national et la macronie » (LCP).
La portée juridique de ce rejet est limitée : la séance publique, à partir du 13 octobre, repartira du texte initial du gouvernement (LCP). Le rapporteur général Philippe Juvin estime toutefois que les retouches de la commission, dont le relèvement du plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros (franceinfo), auraient aggravé le déficit « d’environ 10 milliards d’euros » (LCP). Et si la partie recettes devait être rejetée en séance, « cela vaudrait rejet total du projet de budget pour 2027, sans étudier la partie « dépenses » » (franceinfo).
Le gaz, enfin, a bien augmenté : le prix repère publié par la Commission de régulation de l’énergie progresse de 6,3 % en octobre, de 172,05 à 182,88 euros le mégawattheure TTC, après une hausse de 5,6 % en septembre (Hello Watt, d’après la CRE, 14 septembre 2026). Aucune déclaration datée d’un candidat sur ce sujet n’a toutefois pu être retrouvée pour la semaine écoulée.
La rue, que personne n’avait convoquée
Le troisième terrain s’est imposé à tous. Parti du lycée Saint-Exupéry de Créteil le 18 septembre, un mouvement lycéen puis étudiant dénonce la dégradation des conditions d’enseignement : postes non pourvus, bâtiments vétustes, Parcoursup (Wikipédia, source secondaire). Le 8 octobre, le ministère compte encore 375 établissements sur 3 700 fermés en tout ou partie et assure que « 94% des établissements sont ouverts, soit totalement, soit partiellement » ; l’AFP a recensé entre 266 000 et 450 000 manifestants le 6 octobre (Public Sénat, 8 octobre 2026). Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a fait état de 6 629 interpellations, de 761 policiers et gendarmes et de 215 élèves blessés (TF1 Info, 7 octobre 2026). Le Premier ministre renvoie à « fin octobre » les premières décisions, tout en affirmant : « Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment » (Public Sénat).
Les réactions des candidats ont porté moins sur les revendications que sur leurs supposés instigateurs. Dès le 1er octobre, Bruno Retailleau estime que se pose « la question de l’interdiction de LFI » ; Gabriel Attal accuse LFI de mettre « en danger les personnels de l’Education nationale, des équipements publics et les jeunes eux-mêmes », tout en disant comprendre les mobilisations ; Marine Le Pen figure parmi ceux qui mettent en cause La France insoumise (franceinfo, 1er octobre 2026). Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Olivier Faure ont, eux, défilé à Paris le 6 octobre (Wikipédia).

Une campagne dans les marges d’un texte de loi
À gauche, la course est encore en construction. La primaire fermée du Parti socialiste, qui oppose notamment Raphaël Glucksmann, Olivier Faure et Ségolène Royal, a vu son premier tour perturbé par une cyberattaque et prolongé jusqu’au dimanche 11 octobre à 18 heures (Public Sénat, 9 octobre 2026), après des débats où la question de La France insoumise restait le principal point de désaccord. Ces lignes sont écrites avant la clôture de ce scrutin : le paysage qu’elles décrivent est celui que trouveront les votants socialistes au moment de choisir. Au total, dix-neuf candidatures étaient déclarées fin septembre (LCP, 24 septembre 2026). Marine Le Pen, éligible depuis l’arrêt d’appel du 7 juillet malgré sa condamnation (Euronews, 7 juillet 2026), fait la course en tête, à 30 % dans une estimation Cluster17 pour Politico (Public Sénat, 24 septembre 2026).
Trois explications se présentaient. La quête de crédibilité budgétaire n’est confirmée qu’à moitié : le chiffre existe, sa solidité non. La fragmentation pousse à réagir vite, et souvent à côté du sujet. Mais c’est le calendrier qui pèse le plus : le budget du gouvernement et une mobilisation que personne n’avait convoquée ont fixé l’agenda, et les candidats s’y sont positionnés. À six mois du scrutin, la campagne se dessine dans les marges d’un texte de loi et sous la pression de la rue, bien plus que dans des programmes.

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