Sénatoriales 2026 : huit députés passés au Sénat, aucun siège perdu

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PARIS (Palais du Luxembourg) — Le 15 septembre 2026, LCP comptait « une trentaine » de députés candidats aux élections sénatoriales, « dont une majorité proviennent des rangs du Rassemblement national » (LCP, 15 septembre 2026). Au soir du dimanche 27 septembre, le bilan était connu. Sur 34 candidats venus de l’Assemblée nationale, dont 27 en position éligible, huit ont été élus sénateurs (LCP, 27 septembre 2026). Le chiffre paraît modeste. Il repose pourtant sur une règle peu commentée : passer d’une chambre à l’autre ne fait perdre à un parti aucun siège au Palais-Bourbon.

Qui a changé de chambre

Le scrutin renouvelait la série 2 du Sénat : 178 sièges sur 348, dans 63 circonscriptions. Le vote est indirect et obligatoire. Les sénateurs sont élus par les grands électeurs, un corps électoral « à 95 % composé de conseillers municipaux » (Public Sénat). Huit députés en sont sortis sénateurs (LCP, 27 septembre 2026) :

  • au Rassemblement national, Sylvie Josserand (Gard), Edwige Diaz (Gironde), Manon Bouquin (Hérault) et Frank Giletti (Var) ;
  • chez Horizons, Loïc Kervran (Cher) et Christophe Plassard (Charente-Maritime) ;
  • à la Droite républicaine, Valérie Bazin-Malgras (Aube) ;
  • à La France insoumise, Gabriel Amard (Rhône).

Public Sénat confirme que, dans l’Aube, Valérie Bazin-Malgras « fait également partie des nouveaux visages du palais du Luxembourg » (Public Sénat, 27 septembre 2026). Gabriel Amard « offre à son mouvement un premier élu » au Sénat. Son collègue Emmanuel Fernandes a en revanche été battu dans le Bas-Rhin (LCP, 27 septembre 2026).

Le rendement varie beaucoup d’un camp à l’autre. Le RN avait engagé 22 députés, dont 16 en position éligible. Quatre seulement ont été élus (LCP). Pour les autres partis, aucun objectif chiffré n’a été publié.

Le Code électoral protège le siège

On pourrait s’attendre à une Assemblée fragilisée par ces départs, et à une série d’élections partielles risquées pour chaque camp. Le Code électoral dit le contraire. Son article LO 137 pose que « le cumul des mandats de député et de sénateur est interdit ». Il ajoute que « tout député élu sénateur ou tout sénateur élu député cesse, de ce fait même, d’appartenir à la première assemblée dont il était membre » (Légifrance). Le député n’a pas à démissionner : l’élection suffit. Le même article lui interdit de « participer aux travaux de deux assemblées » et ne lui laisse que « l’indemnité attachée au dernier mandat acquis ». Si l’élection est contestée, la vacance n’est proclamée qu’après la décision du Conseil constitutionnel.

L’article LO 176 règle la succession. Un siège peut devenir vacant pour une cause autre que celles qu’il énumère : annulation de l’élection, démission d’office, démission « pour tout autre motif qu’une incompatibilité », déchéance. Dans ce cas, le siège revient au suppléant, « jusqu’au renouvellement de l’Assemblée nationale » (Légifrance). LCP le résume ainsi : l’élection de ces députés « entraînera leur départ automatique du Palais-Bourbon, où ils seront remplacés par leurs suppléants » (LCP, 27 septembre 2026).

L’élection partielle n’arrive qu’en dernier recours. Selon l’article LO 178, elle a lieu dans un délai de trois mois seulement « lorsque le remplacement prévu à l’article LO 176 ne peut plus être effectué ». Elle est exclue « dans les douze mois qui précèdent l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée nationale ». En pratique, une partielle n’est à prévoir que « si le suppléant ne souhaite pas siéger » (Projet Arcadie, 15 septembre 2026). Le parti garde donc le siège à l’Assemblée, sauf si le suppléant renonce, et gagne un siège au Sénat. Aucune législative partielle n’a été annoncée à la suite du scrutin.

Le Sénat, lui, a changé

L’Assemblée garde ses équilibres, mais la Chambre haute change de visage. Le 28 septembre, Public Sénat relevait que le Rassemblement national et ses alliés, « grâce à l’arrivée de 12 nouveaux sénateurs », étaient « en mesure de fonder un groupe pour la première fois dans l’histoire du Sénat ». La veille du scrutin, ils ne comptaient que trois élus (Public Sénat, 28 septembre 2026). Il faut dix sénateurs pour former un groupe (LCP). Le directeur de campagne du RN, Ludovic Pajot, avait fixé l’objectif devant l’AFP : « le minimum qu’on fera, c’est huit » (cité par LCP, 15 septembre 2026). Le 5 octobre, le groupe RN-UDR, baptisé « Union nationale pour les territoires », comptait 15 membres (Public Sénat, 5 octobre 2026).

Le reste de l’hémicycle bouge à la marge. Les Républicains restent « le premier groupe du Sénat avec 124 sénateurs sur 348 », mais perdent sept élus. L’Union centriste et indépendants passe deuxième avec 63 sièges (+4). Le groupe socialiste glisse au troisième rang avec 62 sénateurs, contre 64 avant le scrutin (Public Sénat, 5 octobre 2026). Le 1er octobre, Gérard Larcher a été réélu président dès le premier tour, avec 203 voix sur 302 suffrages exprimés, pour un sixième mandat à la tête du Sénat (Public Sénat, 1er octobre 2026).

Trois explications, une seule étayée

Pourquoi une telle vague de candidatures ? Projet Arcadie comptait 5 députés candidats en 2023 et 9 en 2020, et parlait d’« une situation inédite par son nombre » (Projet Arcadie, 15 septembre 2026). Trois explications sont possibles.

La recherche de sécurité. Un mandat de sénateur dure six ans et le Sénat ne peut pas être dissous. L’idée circule, mais personne ne l’a revendiquée. Nous n’avons retrouvé aucune déclaration publique d’un député candidat qui justifierait son choix par la crainte d’une dissolution. La formule du Sénat comme « refuge bienveillant » vient d’un analyste, pas d’un intéressé (Projet Arcadie). Elle reste plausible, mais n’est pas démontrée.

L’ancrage local. Cette explication colle au profil du corps électoral, composé à 95 % de conseillers municipaux, et à la solidité des sénateurs sortants. Dès le premier tour, 37 des 59 sièges pourvus au scrutin majoritaire ont été attribués, « pour la plus grande partie » à des sortants, « notamment de la majorité LR-centristes » (Public Sénat, 27 septembre 2026). Nous n’avons toutefois pas établi le parcours local des huit nouveaux élus. Cette explication n’est donc ni confirmée ni écartée.

La stratégie de parti. C’est la seule explication que les faits soutiennent nettement. Le RN a annoncé un objectif de groupe, engagé 22 députés et franchi le seuil. Le soir du vote, Jordan Bardella saluait une première : le parti « va constituer, avec ses alliés de l’UDR du président Éric Ciotti, un groupe au Sénat » (cité par LCP, 27 septembre 2026). LFI visait une entrée symbolique et l’a obtenue. Jean-Luc Mélenchon y a vu un « heureux augure pour 2027 » (cité par LCP). Pour Horizons et la Droite républicaine, aucune intention collective n’a été rendue publique.

Ce qui reste à établir

Plusieurs points restent ouverts. Nous n’avons pas établi les noms des huit suppléants ni la date de leur entrée en fonction. Parmi les 26 députés non élus, seul le résultat d’Emmanuel Fernandes a été vérifié. Le nombre de députés réellement élus sénateurs en 2017, 2020 et 2023 n’est pas documenté, si bien qu’on ne peut pas comparer le résultat de 2026 aux précédents. Les sources divergent même sur le nombre de grands électeurs en 2026. Un constat tient malgré ces lacunes. Huit députés ont quitté leur siège le 27 septembre sans modifier l’équilibre de l’Assemblée. Le Sénat, lui, a changé.

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